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"JE NE SUIS PAS UN HÉROS"!

Le 16 janvier 2018, les élèves du niveau 3ème, nous avons eu la chance d'assister à une conférence en rapport avec notre programme d'histoire « la seconde guerre mondiale et le génocide juif ». En effet, M. Sobol, déporté d'Auschwitz et victime du régime nazi est venu témoigner ici au collège. Merci à lui pour cette intervention poignante, touchante et marquante.

 

« Témoigner c'est raconter ma vie. Je ne suis pas un héros, je suis une victime du nazisme. Je veux que vous vous souveniez de mon passage. » M. Sobol

 

Bonjour à tous,

M. Sobol, ancien déporté d'Auschwitz, a pu durant le temps de la rencontre nous expliquer ce qu'il a vécu et nous a chargés d'être des passeurs de mémoire pour les plus jeunes. Il est venu raconter sa vie comme victime du nazisme. En effet, il veut qu'on se souvienne de son histoire... Eh bien, il a réussi ! Ce témoignage nous a-t-il remis en question ?

Oui ! Car, si les jeunes générations pensent que que cet événement est très loin de notre époque, pour les rares rescapés des camps, ces événements sont encore traumatisants. Comme M. Sobol nous l'a dit :« cet événement vous paraît loin ? Mais pour moi, c'était hier. » Pourtant, malgré son douloureux passé, il n'a rien à cacher ! Il nous dévoile tout ! Son tatouage B3635, la photographie de sa femme et son histoire ! La voici, sa terrible histoire « d'hier »...

 

Né à Paris en 1926, Paul Sobol part vivre avec sa famille à Bruxelles en 1928. En 1942, les rafles commencent et la famille Sobol, juive, doit se cacher dans un deux pièces... Le jeune Paul a 16 ans et vit caché avec une fausse identité pour qu'on ne sache pas qu'il est juif, mais il ne se soucie pas de la guerre, il pense à son avenir, à ses études. Il fait du sport, il a des amis …

 

Le 6 juin 1944, les alliés débarquent en Normandie ; pour beaucoup, cette date résonne comme une victoire … Mais pas pour la famille Sobol qui est déportée le 13 juin 1944. En effet, avec sa famille, Paul a pris le dernier train vers les camps où il va subir les « triangles verts », les kapos qui dirigent le camp, qui font travailler leurs esclaves et les tuent à leur guise. M. Sobol fait partie de ces esclaves, c'est un « triangle rouge et jaune », un prisonnier juif. Tout cela, il ne le sait pas encore … Le voilà dans un wagon à bestiaux vers une destination inconnue. La troisième nuit, la porte s'ouvre... Les SS forment des colonnes : « links, rechts », « à gauche, à droite » … les hommes, les femmes, les enfants sont ainsi triés sans comprendre... la colonne de gauche part à la douche, part vers la mort des chambres à gaz... La maman de Paul est à gauche... Paul ne sait pas ce que cela signifie … Paul ne lui dit pas au revoir. Il ne la reverra jamais.

 

Pour lui, tout va très vite ... toujours très vite. Il doit se déshabiller, se doucher (juste de l'eau froide), il se fait raser de la tête aux pieds, puis il arrive devant un SS... et là on lui prend le bras et on le tatoue … B3635. Son nom. Comme du bétail. Réduit en sous-homme. Ici, à Auschwitz, il ne s'appelait plus Paul. En effet, les détenus sont des numéros … et des triangles de couleur qui identifient rapidement les juifs, les tsiganes, les kapos et les autres.

 

Puis, on fait allonger les détenus dans la cour, et pendant deux heures, on leur marche dessus pour leur faire comprendre qu'ils sont des « Untermenschen », des moins que des hommes. B3635 doit à présent devenir docile et obéir à tous les ordres, il se fait humilier, frapper. Il travaille toute la journée ; s'il faiblit, il se fait frapper par les Kapos, il est traité comme du bétail, un sous-homme. Mais il garde courage grâce à la photo de Nelly, sa petite copine rencontrée quelques années plus tôt. C'est elle qui le maintient en vie ! Cette photo, la photo que Nelly lui a envoyée. C'est cette envie de retrouver Nelly, la personne qu'il aime et qui pense à lui à l'extérieur de cette prison, qui le garde en vie.

 

Pour éviter d'être inactif, de ne servir à rien et donc de se faire tuer, Paul se désigne comme menuisier, lui qui n'a fait qu'un lutrin à l'école primaire. Il est censé faire les réparations pour les SS. Mais quand les SS n'ont pas besoin de lui, le Kapo peut profiter de son esclave. Paul doit donc lui fabriquer des petites boîtes... Il ne sait pas travailler le bois avec précision, mais il est doué pour le dessin : il a l'idée de peindre des paysages sur les boîtes de son codétenu. Alors, le Kapo le « privilégie »... Sachant que nous sommes à Auschwitz, un privilège veut dire un morceau de viande dans la soupe ou un peu plus de pain servi dans un pot de chambre pour cinq. Il reste traité comme un animal mais cela lui permet de « survivre un peu mieux ».

 

En janvier 1945, les camps sont libérés. Les nazis doivent tout faire disparaître. Les rares survivants doivent regagner l'Allemagne dans les « marches de la mort », en plein hiver, dans la neige et le froid, avec un pyjama rayé … Puis dans des wagons à bestiaux … Ce moment est particulièrement marquant : à l'entrée du wagon, ils étaient environ 120 et à la sortie, ils n'étaient plus qu'une vingtaine, hébétés d'être restés entassés les uns sur les autres durant 7 jours sans manger, ni boire, ni aller aux toilettes... Il n'a pas souhaité nous raconter ce qui s'est passé dans les wagons ; il a seulement dit qu'ils y avaient passé sept jours et que le wagon n'avait pas été ouvert une seule fois. Il est envoyé dans un autre camp en Allemagne, car malheureusement pour lui, ce n'est pas la fin de sa guerre... Il parvient finalement à s'évader et regagne Bruxelles où il fondera une famille. Avec beaucoup d'audace et de courage, il reprendra des études et mènera une vie professionnelle très riche.

 

Voilà pourquoi il est important de passer la mémoire, pour des personnes comme lui, malheureusement victimes de la cruauté nazie. Nous, les jeunes générations devons passer le souvenir et le transmettre à nos prochains. Nous devons faire en sorte que ce génocide ne tombe pas dans l'oubli et que chacun de nous ait conscience de ce qui a pu se produire dans le passé. Il est important de se souvenir pour toujours de l'égoïsme, du refus d'intervenir et de la profonde inhumanité de l'Homme dans cette période. Car, de nos jours encore, des personnes meurent pour essayer d'être libres et de sortir de pays pris par la guerre. Des pays privés de la libertés … Des pays que des hommes, des femmes et des enfants quittent au risque de leur vie... Il faut que nous soyons passeurs de mémoire en hommage à tous ces déportés et toutes ces victimes des injustices humaines ! Il faut que nous pensions à toutes ces victimes pour leur permettre de vivre encore en quelque sorte dans notre cœur.

 

Ce monsieur de 91 ans a su rester fort même s'il a vécu la plus grande horreur de l'humanité, même s'il a perdu son père, sa mère et son frère dans ce massacre. C'est ce qu'on peut appeler du courage. Le parcours de M. Sobol est une vraie leçon de vie car même en ayant vécu des choses aussi horribles, il nous parle avec le sourire, et est heureux. Mais aussi cela me montre que même en partant de rien, M. Sobol a réussi. Nous nous rendons compte de la chance que nous avons de ne pas avoir à subir de telles épreuves. Il ne veut pas qu'on l'applaudisse car il n'est pas un héros mais juste une victime du nazisme... Mais nous le remercions tous pour ce magnifique et émouvant témoignage.

Les élèves 3B 3E

 

Les élèves de 3B et 3E

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